vendredi 17 novembre 2017

War Horse (1982)

Chronique express!

Je crois avoir lu Cheval de guerre de Michael Morpurgo quand j'avais onze ans, mais mon souvenir est extrêmement flou et je ne suis pas trop sure (et je n'en retrouve pas de trace dans mon journal intime de l'époque). Cet exemplaire d'occasion, qui a dû me coûter 2€ chez Oxfam à Dublin, m'a permis de lire ou relire sans hésiter les aventures de Joey, ce jeune cheval britannique qui est acheté par un officier en 1914 et qui part donc à la guerre en France. C'est un bon roman jeunesse, facile à lire mais pas bête du tout, et comme le film qu'en a tiré Spielberg c'est une excellente présentation pacifiste de la guerre, c'est-à-dire que la guerre et les morts ne sont pas cachées de manière naïve mais pas non plus glorifiées. On n'en ressort pas en ayant envie de s'engager mais en ayant beaucoup de peine et de pitié pour tous ces soldats et ces chevaux qui ont souffert dans la boue des tranchées. J'ai versé une larme pour le pauvre Topthorn, si brave et si beau, et pour la jeune Émilie... Connaissant assez bien le film, j'ai inévitablement comparé. Spielberg a changé quelques éléments mais a vraiment gardé l'esprit du livre, exception faite du fait que c'est Joey qui raconte à la première personne ici (mais bon on comprendra qu'il est compliqué de faire parler un cheval en film, on n'est pas dans un dessin animé comme le merveilleux Spirit, l'étalon sauvage!). Bref une jolie lecture à mettre sans hésiter entre les mains des jeunes lecteurs, passionnés de chevaux ou non, et qu'on découvrira ou redécouvrira aussi avec plaisir à l'âge adulte.

lundi 13 novembre 2017

Everything's Eventual (2002)

Je continue à lire du Stephen King jusqu'à la fin de l'année et la lecture d'octobre – qui a largement débordé sur novembre en réalité – était celle de ce recueil de nouvelles, qui contient notamment le dernier texte de King lié à La Tour sombre. (Après, il ne me restera "que" à lire La Concordance de Robin Furth.)


D'une manière générale, j'ai trouvé ce recueil un peu paresseux. Les quatorze nouvelles sont pertinentes et font bien leur travail, mais, à quelques exceptions près, je n'ai pas non plus été transportée. Ça rejoint un peu l'opinion que j'avais de l'auteur avant de me lancer dans La Tour sombre, un quelque chose d'un peu trop convenu, un peu trop "populaire" au sens de "simple, facile à prendre en main"... Enfin de manière relative bien entendu; disons "populaire" si vous aimez le genre sanglant et perturbant quoi. 😈

J'ai été étonnée que la majorité des textes ne relèvent pas du fantastique mais plutôt du noir, et que certains se terminent même bien! Bien sûr, je ne vous dis pas lesquels pour ne pas divulgâcher...

Autopsy Room Four (1997)
Un homme se réveille paralysé sur un lit d'hôpital et comprend qu'on l'a donné pour mort et qu'on va procéder à son autopsie. Un texte efficace mais peu salé au final. Je l'ai lu dans d'assez mauvaises conditions à l'aéroport et je ne suis pas trop rentrée dedans, même si l'idée de base est franchement angoissante.

The Man in the Black Suit (1994)
Un petit garçon parti pêcher tombe sur un inquiétant homme habillé de noir qui lui annonce des choses horribles. Outre la présence fort intéressante d'un homme en noir (les lecteurs de La Tour sombre comprendront ^^), le texte présente des éléments assez tristes, mais je ne l'ai pas trouvé foufou non plus.

All That You Love Will Be Carried Away (2001)
Ce texte est plus original puisqu'il met en scène un commercial qui note depuis des années les graffitis aperçus dans les toilettes, ce qui donne lieu à des citations absurdes ou étonnantes, voire tristes comme celle du titre. Je n'ai pas été tout à fait convaincue par la fin mais c'était plus "typé" et consistant que les textes précédents.

The Death of Jack Hamilton (2001)
Une histoire de gangsters bien ficelée, qui a su m'intéresser malgré l'indifférence totale que je ressens envers ce type de personnage. Ce n'était pas non plus foufou mais elle fait le boulot.

In the Deathroom (1999)
Une séance de torture présidée par Pablo Escobar en personne. Je n'ai pas su la situer dans un contexte précis à cause de mon immense ignorance géopolitique mais c'était pas mal.

The Little Sisters of Eluria (1998)
Grand retour de la Tour sombre!! Hiiiiiiiiii!! Dans cette nouvelle isolée, que l'on peut lire sans aucun problème si on ne connait pas la saga à laquelle elle se rattache, Roland de Gilead est convalescent dans une sorte d'hôpital dans une ville fantôme, Eluria. À son chevet, cinq femmes aux traits changeants et pas forcément si bien intentionnées que ça... Après une introduction résolument western, avec ville abandonnée et poussiéreuse, le texte relève plutôt de l'horreur/du fantastique, mais avec toute la richesse de l'univers de La Tour sombre et quelques références sympathiques (un des personnages vient de Delain, le royaume de Les Yeux du dragon) ou tristes (par exemple une réflexion sur la cruauté du ka qui m'a fait grincer des dents maintenant que je connais la fin de la quête de Roland). Le texte n'est pas indispensable à l'échelle de la saga mais est plaisant pour les fans et peut permettre de "tâter" l'univers si vous hésitez à vous engager dans une lecture d'environ 5 000 pages. Je vous renvoie aussi vers l'avis de Vert, qui en parle mieux et plus longuement que moi.

Everything's Eventual (1997)
Défrayé, nourri et logé dans un appartement fourni par son mystérieux employeur, un homme aux pouvoirs paranormaux a pour mission d'envoyer des lettres aux personnes qui lui sont désignées. Tout irait pour le mieux s'il ne commençait pas à s'interroger sur l'identité des destinataires de ses lettres aux conséquences fatales... Un texte agréable sur le coup mais peu marquant à long terme.
Ajout du 15 novembre: HA HA! J'étais tellement sure, en lisant cette nouvelle, qu'il y avait un rapport avec La Tour sombre!! Je pensais m'être trompée car le nom de l'employeur ne correspondait pas mais la Concordance, que je viens d'entamer, a confirmé mes soupçons!! Youhouhou!!

L. T.'s Theory of Pets (1997)
Peut-être mon préféré du recueil, ce texte est le récit d'un homme abandonné par sa femme qui parle de leurs deux animaux: le chien que sa femme lui a offert, avec lequel il ne s'entend pas du tout, et la chatte qu'il a offert à sa femme, avec laquelle celle-ci ne s'entend pas du tout. C'est assez sympathique et léger à lire et Stephen King y sépare l'humanité en deux grandes catégories: les gens qui aiment les chats et les gens qui aiment les chiens. Je suis on ne peut plus d'accord! (Ici, c'est team chat bien sûr! 🐱)

The Road Virus Heads North (1999)
Une nouvelle sur l'effrayante peinture d'un jeune conducteur achetée dans une brocante. Efficace et dans les règles de l'art, c'est un bon moment de fantastique. Je l'ai lue en plein jour et ai néanmoins jeté quelques regards soupçonneux autour de moi....

Lunch at the Gotham Café (1995)
Un texte plus quelconque sur un couple qui se retrouve au restaurant, avec un avocat, pour parler de son divorce. Le maître d'hôtel est très bizarre et tout part rapidement en vrille. Cette nouvelle m'a moins intéressée et j'ai trouvé qu'elle atteignait des sommets de sexisme: non seulement les femmes ne savent pas réagir face au danger, mais en plus elles appellent carrément à l'aide leurs compagnons masculins! Je vous jure! En pleine catastrophe, elles trouvent la présence d'esprit de crier "Machin, sauve-moi!" 😡

That Feeling, You Can Only Say What It Is in French (1998)
Un texte décousu un peu difficile à suivre, mais délibérément décousu, sur la sensation de déjà-vu qu'une femme ressent lors de son anniversaire de mariage. C'est justement le déjà-vu qui donne son titre au texte puisqu'il s'appelle aussi déjà-vu en anglais. Je n'ai pas trop aimé mais le petit mot de King à la fin l'a éclairé d'un jour nouveau et m'a aidée à mieux comprendre.

1408 (1999)
Le clou du recueil. Une nouvelle de fantastique dans les règles de l'art. Comme le dit King dans son mot d'intro, tout auteur du genre doit un jour ou l'autre se frotter à la chambre d'hôtel hantée. Il le fait ici avec brio, en présentant une présence effrayante car incompréhensible. C'est difficile à expliquer mais on approche de ce que faisait Lovecraft quand il parlait de choses innommables car non-euclidiennes ou aux proportions incompréhensibles... Bref, j'ai bien balisé en entrant dans la chambre 1408 et je ne sais pas si je serai bien à l'aise la prochaine fois que j'irai à l'hôtel.
La nouvelle a été adaptée en film avec Samuel L. Jackson et John Cusack.

Riding the Bullet (2000)
Un jeune homme rejoint sa mère à l'hôpital en faisant de l'auto-stop. Mais dans la nuit pleine de brouillard, les conducteurs ne sont pas forcément vivants... Ce texte efficace n'est pas inoubliable mais aborde avec justesse le thème du décès de la mère, déjà traité dans la nouvelle The Woman in The Room du recueil Night Shift. C'est un bon texte pour Halloween je pense.

Luckey Quarter (1995)
Une femme de ménage rit aux larmes en trouvant le pourboire laissé par un client dans sa chambre d'hôtel: une pièce de 25 cents. Comment payer l'appareil de sa fille et les visites médicales de son fils avec 25 cents? Mais mieux vaut en rire qu'en pleurer. Et vu que le client a laissé un mot disant qu'il s'agit d'un porte-bonheur, pourquoi ne pas jouer la pièce au casino de l'hôtel? Un texte plutôt pas mal qui m'a un peu rappelé La Tour sombre à cause du mot accompagnant la pièce: je me suis demandé s'il avait été laissé par un certain Walter. Mais peut-être que je suis juste monomaniaque.

Malgré les réserves que j'ai exprimées au début de ce billet, ce recueil confirme à quel point l’œuvre de Stephen King est diversifiée: il a vraiment touché à tout! Et il reste un écrivain très intéressant...

jeudi 9 novembre 2017

The Body in the Library (1942)

Chronique express!


Je l'ai déjà dit par le passé, Agatha Christie est une valeur sure: impossible de s'ennuyer avec ses policiers. Ici, c'est Miss Marple qui enquête sur un drôle de meurtre à la demande son amie Mrs Bantry. Le cadavre d'une jeune femme a en effet été retrouvé dans la bibliothèque du manoir familial! Les Bantry ne l'ont jamais vue mais les rumeurs iront forcément bon train et Mrs Bantry ne veut pas prendre le risque que la réputation de son mari en pâtisse. En plus, elle trouve tout cela très excitant! Voilà donc Miss Marple embarquée dans une nouvelle enquête aux côtés de la police dans le bel hôtel où travaillait la victime. Un vieil invalide dont la vie a été marquée par la tragédie, ses proches qui ont des soucis d'argent, la cousine de la victime, un danseur, un joueur de tennis, un jeune homme du monde du cinéma... Tout le monde est suspect et le mystère reste entier: pourquoi donc étrangler une jeune femme dans la bibliothèque de parfaits inconnus? Forte de son expérience de la vie dans le petit village de St. Mary Mead, Miss Marple va heureusement tirer tout ça au clair, à grand renfort de remarques étonnantes, qui sont parfois du niveau de "et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu" et donc hilarantes.

Mon seul regret: avoir lu ce roman, acheté à Dublin cette année, du 28 au 31 octobre, en oubliant totalement que j'avais acheté l'année dernière Haloowe'en Party de la même auteure, qui aurait été plus de circonstance vue la date. Ce sera pour l'année prochaine!

dimanche 5 novembre 2017

Le Ventre de Paris (1873)

Après La Fortune des Rougon et La Curée, Tigger Lilly et moi avons continué notre relecture des Rougon-Macquart d'Émile Zola avec Le Ventre de Paris, le roman des Halles à l'époque où elles étaient le marché central de Paris.


Plus d'un mois après avoir terminé ma lecture, mes souvenirs se sont largement estompés, mais j'ai heureusement nos échanges de mail pour me rafraîchir la mémoire!

L'intrigue
On suit le parcours de Florent, évadé du bagne qui revient à Paris en 1858 après des années d'absence. Il a été déporté alors qu'il n'avait pas participé à l'insurrection de 1851 contre le coup d'État de Bonaparte et est donc extrêmement remonté contre le Second Empire. Il retrouve son frère Quenu, qui tient une charcuterie prospère avec sa femme Lisa, fille d'Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan et sœur de Gervaise, célèbre héroïne de L'Assomoir. Idéaliste et naïf, la tête pleine d'idées sur la liberté, Florent peine à trouver sa place dans cette société consacrée tout entière à l'engraissement et se tourne assez rapidement vers un petit groupe de contestataires qui se réunit dans le café à côté de la charcuterie.

Les personnages
Florent est donc le personnage principal, mais le roman met aussi beaucoup en avant Lisa, une figure de "brave femme" à la moralité parfois un peu arrangeante: c'est le genre de personne fondamentalement honnête, qui n'irait jamais voler mais qui sait fermer les yeux si son bien-être est menacé ou perturbé. Fondamentalement, ce qu'elle veut, c'est qu'on la laisse tenir un commerce prospère. (Je me suis pas mal reconnue dans ce personnage, mon objectif dans la vie étant depuis des années de gagner de l'argent pour monter à cheval, dans l'indifférence pratiquement absolue des problèmes de la société et du monde.) Elle a aussi un sacré caractère et est clairement la cheffe du foyer, Quenu étant un peu bête et mou (gentil aussi, hein, fondamentalement, mais peu porté à voir plus loin que le bout de son nez).
Par ailleurs, on a toute une galerie de personnages qui gravitent autour de la famille. Certains sont abjects, comme l'horrible mademoiselle Saget qui précipitera la chute de Florent, d'autres sont variables, comme la belle Normande. Claude Lantier est un artiste qui plane un peu, madame François est le seul personnage réellement positif (c'est-à-dire bon, bienveillant et lucide à la fois; Florent est certes bon et bienveillant mais il est tellement incapable de voir ce qu'il se passe autour de lui que je ne peux pas le considérer réellement comme positif).

Les gros et les maigres
À quelques rares exceptions près, ces personnages se répartissent dans deux catégories, les gros et les maigres. Bien sûr, on peut être maigre physiquement et appartenir à la catégorie des gros, c'est plutôt une histoire d'appétit et de relation aux autres. Cette notion est liée à celle de...

...la bouffe!
Le marché des Halles est un immense étalage de bouffe, un édifice de verre et d'acier qui abrite des montagnes de victuailles dans des pavillons dédiés (la halle au blé, la halle de la poissonnerie...). Les tas de navets s'effondrent, les fromages puent, les animaux en cage pullulent, les poissons étincèlent.... Il y en a PARTOUT, à tel point qu'on frôle l'indigestion en lisant, et tout le monde mange et se gave dans une allégorie de la soif de richesses du Second Empire, déjà montrée du doigt avec l'or de La Curée.
"Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de céleris, de poireaux, semblaient rouler lentement et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille."
Les Halles sont vivantes et font partie intégrante de l'intrigue; c'est un univers à part avec ses propres règles.

Une fin quelque peu désolante
Le roman se termine sur une fin moins sanglante que La Fortune des Rougon et moins abrupte que La Curée, mais il n'en est pas moins désolant et révoltant puisqu'il met en scène, une fois de plus, la victoire des méchants ou des pas-très-sympas... [Attention divulgâcheur] Florent a été largement manipulé par certains de ses "camarades" et la police l'a utilisé comme instrument bien pratique pour détourner l'attention du public d'une loi fort impopulaire que le gouvernement avait du mal à faire passer. Il repart au bagne et la vie reprend son cours habituel, comme si de rien n'était, entre les étals de nourriture des Halles... [Fin du divulgâcheur] Mais cela ne signifie pas que le roman n'est pas bon; c'est un excellent Zola qui mériterait d'être plus connu.

Le petit truc à retenir en plus
Zola est un écrivain d'une modernité étonnante; il vivait déjà dans le même monde largement urbain et industrialisé que nous et ses réflexions sociales sont d'une actualité absolue. J'adore! 😍

Prochaine étape: La Conquête de Plassans.

mercredi 1 novembre 2017

La gamelle d'octobre 2017

J'ai eu peu de temps pour la culture en octobre, un mois que j'ai plutôt consacré à l'équitation et à un beau week-end de cinq jours à Dublin (merci Ryan Air de m'avoir fait rentrer un jour plus tard en annulant mon vol de retour 😍). J'espère faire mieux en novembre... 😋

Sur petit écran

Rien. Ça donne le ton. 😋

Sur grand écran

Blade Runner 2049 de Dennis Villeneuve (2017)


Un beau film bien maîtrisé. Je n'ai vu qu'une fois le film précédent et ne peux donc pas juger de la manière dont il en reprend les codes et le ton, mais l'aspect principal des bouquins de Dick – à savoir la vérité de la réalité et de l'identité – est bien présent (je vous rappelle que j'ai lu Do Adroids dream of Electric Sheep? l'année dernière et que je l'ai trouvé excellent). Je suis restée très dubitative, en revanche, sur le principal élément de l'intrigue, [divulgâcheur] le fait que Deckard ait eu un enfant avec Rachel: je n'avais aucun souvenir d'une intrigue amoureuse entre ces deux personnages... C'est dire combien je connais peu le premier film... Je ne sais pas si le film était vraiment nécessaire, mais on est clairement dans le haut du panier en matière de film américain à gros budget.

Victoria & Abdul [Confident Royal] de Stephen Frears (2017)


Un film sympathique mais un peu gentillet sur l'amitié entre la reine Victoria et un Indien envoyé à Londres lui rendre hommage. Le message est positif mais ne casse pas trois pattes à un canard et, à l'exception d'une scène (les vautours avançant dans un couloir), je n'y ai vu aucune prise de risque ou "vision" de la part de Stephen Frears, pourtant réalisateur d'un vrai chef d’œuvre de l'histoire du cinéma. Une réflexion que je m'étais déjà faite à l'occasion de Florence Foster Jenkins. Heureusement, Judy Dench est magistrale, comme à son habitude, et fait tout l'intérêt du film.

Zombillénium de Arthur de Pins et Alexis Ducord (2017)


Un film d'animation tiré de la bande dessinée d'Arthur de Pins. Il y a beaucoup de bonnes choses et c'est assez drôle, mais il manque aussi un peu d'intrigue ou de finesse pour en faire vraiment un bon film. J'ai beaucoup aimé la sorcière rockeuse avec son skate à balais et le vampire à paillettes, je n'ai pas aimé le dessin et les passages avec la petite fille. Je crois que c'est le premier film français que je vois cette année.

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 1 - 2017
La série continue tous les lundi soirs. J'aime beaucoup mais je ne suis pas non plus ultra enthousiaste, il manque un petit quelque chose d'"émerveillant" que j'aime tant dans la série d'origine...

Mr Robot - saison 1 - 2015
Cette série avance plus lentement, ou plutôt nous avons calé après l'épisode 5 par manque de temps. Angela est à la croisée des chemins... On reprend en novembre!
Et le reste

J'ai lu le Cheval Mag de novembre et le numéro 52 de Translittérature, le magazine de l'Association des traducteurs littéraires de France, une lecture de grande qualité et toujours passionnante.


Bonne fin de jour férié à tous! 😘

samedi 28 octobre 2017

Le Journal d'Hélène Berr (2008)

Difficile de parler du Journal d'Hélène Berr, que j'ai lu avant de partir en long week-end et de changer complètement d'air. Cette lecture s'est révélée brillante, pleine de sensibilité, d'une lucidité absolue, profondément humaine et très littéraire. Je la recommande chaudement et pense même qu'elle est supérieure au Journal d'Anne Frank car l'auteure était plus âgée au moment de la rédaction et m'a semblé faire preuve d'une plus grande maturité.


Qui était Hélène Berr?
Hélène Berr était une Parisienne juive (ou bien une Juive parisienne selon comment on voit les choses) qui a commencé, en avril 1942, à l'âge de 21 ans, à tenir un journal intime. Elle était étudiante en lettres et vivait avec ses parents. Elle a été déportée en 1944 et est morte en 1945 à Bergen-Belsen.

De quoi parle son Journal?
De sa vie quotidienne, de sa famille, de ses sorties et de ses études, puis, de plus en plus, des privations et des horreurs subies par la communauté juive de Paris. Le témoignage est remarquable parce qu'Hélène Berr avait une conscience aigüe des injustices subies et de l'étendue de la souffrance autour d'elle, même si ses proches n'ont pas été touchés tout de suite. On se demande vraiment, en la lisant, comment on peut encore se demander "si les gens savaient"; certes, elle ne parle pas de xylon B, mais les Juifs qui n'avaient pas encore été arrêtés étaient pleinement conscients des terribles conditions de leur captivité et de la déportation (en wagons à bestiaux, avec trois seaux pour les besoins intestinaux de soixante personnes). Énormément d'informations ont par exemple circulé sur la rafle du Vélodrome d'Hiver et sur le camp de Drancy, où le père d'Hélène Berr a d'ailleurs été interné plusieurs mois.

En quoi est-il remarquable?
Parce qu'il est superbement bien écrit, avec un contraste douloureux entre la plume très fine d'Hélène Berr, ses ambitions de jeune femme, ses études littéraires qui lui laissent entrevoir des possibilités de réflexion formidables et la réalité, les enfants juifs à cacher, l'humiliation quotidienne de l'étoile jaune et des places réservées dans les transport, la peur permanente pour tous ceux qu'elle aime.
Je copie ici une citation très marquante et d'une justesse poignante:
"C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune."
Par ailleurs, j'ai aussi été marquée par certains passages plus personnels, notamment par celui sur la mort de sa grand-mère, qui m'a fait pleurer et penser à ma propre grand-mère, à tel point que j'ai envisagé d'aller au cimetière – chose qui ne m'était jamais passée par la tête jusque là...

Y-a-t-il des réserves?
Ma seule réserve concerne la difficulté de se repérer dans les personnes citées. Forcément, quand on écrit un journal intime, on peut utiliser des surnoms et des initiales, mais le lecteur ne connaissant pas la famille et les amis d'Hélène Berr a un peu de mal à situer tout le monde. Les notes de bas de page sont d'ailleurs très étranges, fournissant parfois des informations inutiles mais oubliant totalement d'expliciter certaines identités...
Par ailleurs, la préface de Patrick Modiano ne sert à rien et la postface "Une vie confisquée" de Mariette Job n'est pas très limpide, mais ça Hélène Berr n'y est pour rien. 😉

Pourquoi ce livre?
Parce que j'ai visité le Mémorial de la Shoah à Paris en novembre 2009 et qu'il y avait une vitrine ou un poster sur Hélène Berr. Le livre a passé huit longues années dans ma liste d'envies Amazon avant que je ne le trouve d'occasion au camion-bouquinerie de Pornic en juillet 2017. Comme quoi il ne faut jamais désespérer. Quelle belle et triste rencontre après toutes ces années... 💗


Une autre citation que je ne veux pas oublier
"Sa mère et son père sont déportés, elle était en nourrice, on est venus l'arrêter! Elle a passé un mois au camp de Poitiers.
Les gendarmes qui ont obéi à des ordres leur enjoignant d'aller arrêter un bébé de 2 ans, en nourrice, pour l'interner. Mais c'est la preuve la plus navrante de l'état d'abrutissement, de la perte totale de conscience morale où nous sommes tombés. C'est cela qui est désespérant."

mardi 24 octobre 2017

Pour que la philosophie descende du ciel (2017)

Remarque préliminaire: Manquant de temps pour rédiger une chronique digne de ce nom sur deux belles lectures récentes, Le Ventre de Paris d'Émile Zola et le Journal d'Hélène Berr, je triche un peu avec l'ordre de publication et mets en ligne cet article plus tôt que je ne le devrais. (Plus précisément, c'est Blogger qui mettra ce billet en ligne pendant que je serai à Dublin en train, je l'espère, de me changer les idées! 💚)

Comme je vous l'ai déjà dit, j'ai emprunté, en septembre, pas mal de livres à la médiathèque suite à une rencontre portant sur la philosophie. Deux ou trois d'entre eux me sont tombés des mains au bout de deux pages tellement ils étaient nombrilistes derrière une façade de "volonté de rendre la philosophie plus accessible" et je les ai rendus sans aller plus loin; Pour que la philosophie descende du ciel d'Alexandre Lacroix est le seul que j'aie pu lire en entier.


Il s'agit d'un recueil d'articles publiés dans Philosophie Magazine et partant d'une situation réelle ou d'une pensée de l'auteur pour généraliser et s'élever un peu plus haut, dans le monde des idées. Une lecture facile et certes intéressante, mais finalement très peu philosophique au sens où je l'entends (ou au sens où je crois m'en souvenir); on a plutôt affaire à des réflexions générales personnelles, voire – à nouveau – nombrilistes, qui ne choqueraient pas forcément dans les hebdomadaires que je feuillette parfois dans les centres médicaux, comme Le Point. Le premier chapitre, qui parle de La Route de Cormac McCarthy, m'a même fait hurler à cause de la manière dont il réfute l'argument anti-parentalité "À quoi bon avoir des enfants dans ce monde de brutes?" (qui ne commence en réalité par "à quoi bon" que pour les gens qui ne veulent pas y répondre, la vraie question étant "de quel droit avoir des enfants dans ce monde de brutes?", c'est-à-dire "de quel droit créer un être humain pour le catapulter dans ce monde atroce?" ou "qui suis-je pour décider qu'un autre être humain vivra et souffrira?").

Bon, je m'égare, je voulais faire une chronique express à la base, pas râler. J'ai trouvé dans ce livre quelques réflexions intéressantes, notamment dans un chapitre extrêmement éclairant sur le travail (retenir la différence entre le travail de l'animal laborens et l’œuvre de l'homo faber), et il se lit de toute manière tellement vite et facilement qu'il vaut la peine de le lire s'il vous intéresse. Mais bon ce n'était pas non plus foufou. Il faudrait vraiment que je mette le nez dans quelques recommandations de mon ancien prof de philo si je veux redécouvrir la philo un jour...

Je note toutefois un passage sur Zola, tiré d'un article disponible ici:
"L’un des charmes du cycle des Rougon-Macquart, sous-titré « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », tient à ce qu’Émile Zola l’a commencé un an après la chute de Napoléon III, en 1871, et qu’il a mis vingt ans à le terminer. Il a ainsi retravaillé le matériau du passé alors qu’il était en cours de refroidissement. Il a tenté, en tant qu’écrivain, de forger selon son style et sa fantaisie ce métal en fusion. Il a aiguisé sa vision au cœur d’une luminosité ambiguë, entre chien et loup. C’est d’ailleurs ce que tentent tous les grands romanciers réalistes – de Balzac à Yu Hua en passant par Dos Passos ; ils veulent modeler le temps historique avant qu’il ne se fige."

vendredi 20 octobre 2017

Sir Nigel (1906)

Je suis tombée sur cet exemplaire de Sir Nigel d'Arthur Conan Doyle dans une bouquinerie d'Angers. Entre l'auteur et le chevalier en couverture, je n'ai pas hésité une seconde même si je n'en avais jamais entendu parler.


Ce roman "historique", la préquelle de La Compagnie blanche – que je ne connais pas plus mais que je lirai sûrement quand j'en aurai l'occasion –, est romantique, amusant et léger; on croirait lire du Walter Scott ou du Dumas. Nous sommes en 1349. La peste noire a ravagé l'Angleterre et la guerre de Cent Ans contre la France a commencé. Sir Nigel est un jeune noble anglais désargenté et un peu idéaliste, voire très naïf, qui est bien décidé à se tailler un nom et à faire honneur à ses ancêtres par les armes. Mais sa situation matérielle est difficile, l'abbaye d'à côté volant depuis des années les terres de sa famille. Heureusement, il se trouve un formidable cheval de guerre (indomptable, bien sûr) un peu par hasard, puis le roi Edward III en personne lui rend visite. Ayant aussi réussi à se procurer une armure, Nigel part guerroyer à Calais aux côtés du roi, de son fils le Prince noir et de John Chandos. Il enchaînera ainsi les aventures et les combats et accomplira trois gestes en l'honneur de sa dame qui l'attend en Angleterre.

Les forêts sont truffées de brigands, le danger rôde partout, les épées s'entrechoquent et la gloire des combats est à portée de main dans ce roman: quels moments formidables! Quel dépaysement que de plonger en plein dans ce Moyen Âge complètement fantasmé, certes, mais assumé en tant que fantasme. Je n'ai vraiment pas boudé mon plaisir, d'autant plus que le ton de Doyle est plein d'humour. Nigel est certes un grand enfant naïf, mais il est courageux et permet de rentrer en plein dans cet univers si éloigné de nous. Imaginez que le roi d'Angleterre, Edward, parle français, allemand, latin et même un peu d'anglais. Et oui, car la cour d'Angleterre, à l'époque, c'était les Plantagênet et tout le monde parlait français, ou mieux encore normand; l'anglais n'existait pas vraiment encore et était réservé aux classes populaires...

Un exemple de l'humour du livre: Tout le monde n'a qu'une idée en tête, accomplir des gestes et gagner l'honneur sur le champ de bataille. Les rois d'Angleterre et de France signent une trêve? Qu'à cela ne tienne! Les chevaliers français et anglais trouveront bien à se disputer pour ensuite régler une question d'honneur – car une question d'honneur entre deux petits groupes de chevaliers, ce n'est pas la guerre, n'est-ce pas? :D Toute la scène où les hommes se mettent d'accord entre eux sur cette dispute est d'un savoureux!

En deux mots, une plongée passionnante dans l'histoire de France et d'Angleterre et encore une formidable trouvaille de bouquinerie, même si le livre n'est pas  tout à fait exempt de défauts et présente quelques difficultés de lecture à cause de tournures et de mots vieillots. 😍 À lire comme on lit ou regarde du Robin des Bois et de l'Ivanhoé...